Ma chambre d'hôtel pour ce soir est une mansarde qui se trouve juste sur le palier de pissotières publiques, car mon humble logeur exerce la noble profession de Pipi-Room. C'est dire si le lieu est charmant et odorant. Evidemment, pas de douche, et pas d'eau, à part dans un bac où tout le monde trempe allègrement ses mains après sa besogne. Encore le genre de truc où si je trempe mes mains, j'en ai pour 4 jours de troubles intestinaux. Mais je me suis arrêté là dans l'urgence hier, après m'être rendu subitement compte qu'il y avait un problème.
Durant l'après-midi, à l'occasion d'une pause, tout à coup, quelque chose me saute aux yeux: ma tente n'est plus là. Stupéfaction. Et oui, je réalise que je viens de faire ce que ma collègue de boulot appelait avec amusement ou agacement en fonction de l'énormité du truc une PECCATTERIE, la grosse étourderie, quoi. En y repensant abasourdi, je me rappelle petit à petit que je ne l'avais pas le jour d'avant non-plus. Eh oui, la tente, le plus gros de mes bagages, accroché aux moyens de tendeurs, j'ai roulé deux jours sans qu'elle soit là, avec les tendeurs qui pendouillaient, sans m'en rendre compte. J'ai suffisamment confiance en mon étourderie pour me dire qu'on ne me l'a pas volée, mais que je l'ai bêtement oubliée. Je pense que je suis le seul cyclo-voyageur capable de réaliser ce genre de performance. J'essaie de repérer les endroits où j'ai pu l'oublier, et je tiens quelques hypothèses solides. Peu de chances de la retrouver, mais sans tente, sur l'altiplano bolivien au milieu de nulle part, les nuits à la belle étoile risquent d'être un peu longuettes et frisquettes. Je crois un motard australien qui connait bien la région pour la sillonner en tous sens depuis un an, et il se montre réservé sur mes chances de pouvoir racheter une bonne tente à La Paz. Alors, je laisse mon vélo à l'hôtel-pissotière et je repars en sens inoverse en bus. 275 km plus loin, soit deux bus et un taxi, je me retrouve devant la boutique de tous mes espoirs. Grand sourire du proprio, ca le fait marrer, "mais comment as-tu pu oublier ca?" Oui, il a ma tente, il l'a conservée avec honnêteté. Merci, ca me sauve la mise! Même topo au retour, 24 heures de transport en commun, c'est fou comme j'adore ca. Au passage ca me permet de ressentir certaines sensations de claustration dans des bus absolument bondés au-delà de ce que je pouvais imaginer. Il faut dire que c'est le seul moyen de transport, puisque personne ne peut se payer de voitures. Par exemple prenons un taxi break. Il part quand il est plein. quatre passagers, on peut partir, non? Non, il faut attendre que 3 personnes prennent place dans le coffre. On y va? Non, il y a ce type avec son vélo qui veut monter aussi. Le vélo par-dessus les bagages sur le toit, et le cycliste sur le frein à main au préalable recouvert d'une couverture, c'est confortable et extrêmement pratique pour le chauffeur quand il lui vient à l'idée de changer de vitesse.
Bon, en tous cas j'ai retrouvé ma tente, je pense que d'ici 15 jours, je partirai à pieds un midi, sans mon vélo, et au bout de 3 jours d'ampoules aux pieds je me dirai tout d'un coup: "au fait! je suis reparti sans mon vélo!" Plus sérieusement, si j'arrive à finir mon voyage sans perdre mes papiers, ca relève du miracle. Dans tout cela, j'ai perdu pas mal de temps et je n'ai plus assez de jours pour faire tout ce que j'avais prévu à La Paz. La logique des sacrifices touristiques va devoir reprendre le dessus...
Trois jours passés en compagnie des Suisses et des Américains, trois jours reposants, d'abord parce qu'il n'est pas désagréable de se relayer pour s'abriter du vent, ensuite parce que le terrain est relativement facile. Ca tombe bien, ma tuyauterie recommence à refaire des siennes et j'ai bien du mal à trouver des forces pour pédaler. Un dernier col à 4 300 mètres, et ensuite on se retrouve sur l'altiplano, de grandes étendues jaunes bordées de collines, on se croirait dans le Middle West américain.
Avant le col, il y avait des sourcs naturelles d'eau chaude, donc des piscines avec des eaux à différents températures entre 37 et 42 degrés. Un sol l'entrée, on est loin des endroits touristiques. Ici on est les seuls gringos, c'est l'intérêt du vélo, s'arrêter dans ces endroits où les touristes ne font que transiter en bus entre le lac Titicaca et Cuzco. Donc on se retrouve bien au chaud dans l'eau, sous un beau soleil, le truc agréable quoi, mais le temps de sortir et de manger, il se met à tomber de la grêle, la montagne se recouvre de neige 300 mètres plus haut, et la température chute considérablement. On échange nos maillots de bain pour nos gore-tex, et en route! En s'arrêtant au col on se retrouve nez à nez avec un simple d'esprit qui ne sait pas parler mais nous sourit en bavant: il est autant fasciné par nous et nos vélos, que nous par lui. Ce type est nu-pieds (bon, ca ne lui porte pas chance, ses pieds font le triple du volume normal), pantalon déchiré, et sa veste n'a pas l'air d'être en Gore-Tex, bref, ce type permet de relativiser la sensation de froid intense que j'éprouve!
Les Suisses s'arrêtent à Juliaca pour aller visiter Arequipa et le cañon del Colca en bus, les américains s'arrêtent à Puno sur les rives du Titicaca pour visiter les îles flottantes des Uros, moi je continue ma route direction la Bolivie.
Après le Choquiquerao, direction Cuzco. Dans cette région du Pérou, le temps se fait plus nuageux, voire pluvieux pour la première fois depuis que je suis au Pérou. La végétation s'en ressent, on trouve des forêts, et l'Amazonie n'est pas bien loin. C'est la fin de l'univers de poussière de la région d'Ayacucho.
Avant d'arriver à Cuzco, je croise un couple d'Allemands, qui pédalent autour du monde depuis 3 ans: il me recommandent la bonne auberge de jeunesse à Cuzco, remplie de routards, pas chère et conviviale. Bonne pioche, j'y rencontre deux américains qui vont en vélo au lac Titicaca, nous ferons la route ensemble ainsi qu'avec les deux Suisses. A 5 sur les routes, on est comme une bande de Hell's Angels, on va bientôt pouvoir fonder un club!
A Cuzco, trois jours et demie de pause pour faire la visite de la vallée sacrée, laver le linge et profiter de la ville: ah, qu'il est bon de faire son authentique touriste occidental!
Le Machu Picchu, tout le monde connaît à force de photos. Cependant, y aller, errer au milieu de ces ruines reste quelque chose d'extraordinaire. Ce site est d'une beauté à couper le souffle, qui permet d'oublier les heures passées à attendre les trains et les bus qui permettent d'y accéder. Là haut, totalement par hasard, j'y croise mes deux Suisses, qui avaient décidé de continuer l'aventure en y allant en vélo pour boycotter le train hors de prix. Mauvaise pioche: il leur a fallu rouler pendant 40 km sur la voie ferrée, une expérience suffisamment désagréable pour qu'ils choisissent de rentrer en train. Au retour, une mauvaise surprise les attend: leurs vélos ont disparu, l'arbre auquel ils l'avaient attaché tronçonné. Après recherche, c'est une mauvaise farce des gardes du site qui n'ont pas apprécié que des gens boycottent le circuit touristique-pompe à fric classique...
Après un passage par les ruines d'Ollantaytambo au retour, dans la vallée sacrée des incas, je décide d'arrêter là mes visites de ruines ruineuses financièrement pour flâner à Cuzco. Cette ville est extraordinairement belle en comparaison des autres villes du Pérou. Ici, on oublie les maisons en terre et les routes crades: le centre-ville est constitué de petites ruelles pavées, bordées d'Eglises, de portiques, d'arcs de triomphe, et on s'y ballade des heures sans se lasser, surtout la nuit. La nourriture y est délicieusement occidentale, les prix aussi mais qu'importe! On y trouve même des pubs irlandais dont la déco peut rivaliser avec un bar parisien branché, avec toute la musique que j'aime (oui, parce que la musique des Andes c'est au moins aussi rengaine que la Techno) pour y regarder les matchs de tennis de l'US OPEN en sirotant des Guiness avec les Suisses (allez Federer). Bref, ce n'est pas le Pérou, c'est Dysneyland, mais ça ne fait pas de mal de temps en temps! Une pizza ap´r`s un mois de riz-poulet et de soupes aux nouilles, c'est quelque chose.
Une nuit je rentre dans un monastère ouvert, et en pensant y trouver une ambiance toute religieuse, j'y prends mon air le plus sérieux. En fait, le monastère est rempli d'autochtones en train de picoler consciencieusement pour une fête quelconque! Un fait que j'ai déjà relevé, c'est que pour les Péruviens, lorsqu'il s'agit de picoler, cela se fait avec énormément d'application et de rigueur, et c'est tout le monde sans exception qui participe. Je ne sais pas s'il y a une dimension religieuse là-dedans, mais voir autant d'ivrognes à la fois, ça fait peur! Bref, je m'éclipse discrètement.
L'auberge de jeunesse est remplie de français faux-bohèmes musicos et vrais jeunes crétins, j'ai un peu de mal à socialiser avec toutes ces attitudes de frime que je trouve un peu factices après les avoir oubliées depuis le Pérou profond. Ca promet pour ma sociabilité à mon retour! Heureusement, il y a des Américains et des Espagnols un peu plus naturels. Je vous jure, mélanger en permanence l'Espagnol et l'Anglais, c'est assez embrouillant (il m'arrive de répondre "oh yeah you're right à un autochtone qui parle plus le Quechua que l'espagnol), mais extrêmement enrichissant! Je vais finir par devenir bon en langue.
Fréquenter tous ces touristes me fait prendre conscience de tout ce que je rate: non, je n'irai pas en Amazonie, ni au cañon del colca (le plus profond du monde), ni n'irai dans la belle ville d'Arequipa, je ne ferai pas le treck autour de l'Ausangate, je n'irai pas faire de rafting sur le Rio Apurimac: voyager en vélo est un exercice de style qui implique pas mal de sacrifices touristiques, je regrette parfois de ne pas voyager en bus!
Après cela, on reprend le vélo pour le lac Titicaca: à 5, on va moins vite, mais ca permet de se reposer, surtout que la route est extrêmement facile par rapport à tout ce qui a précedé.
Parmis les choses vues, un type qui attend le bus avec ses trois lamas. Mystère, comment va-t-il loger ses lamas dans le bus? Réponse: les lamas rentrent dans la soute à bagage à coups de pied dans le derrière, même s'ils sont assez réfractaires, sentant que ce voyage en bus vers la ville risque de contrarier assez rapidement leurs projets personnels!
Un jeune qui construit sa baraque m'invite avec ses potes à boire la Chicha garantie sans alcool (je suis extrêmement sceptique: en fait il veut juste dire qu'il n'a pas rajouté d'alcool pur dedans mais il ne tient pas compte de la fermentation). Et ce moment fut une illumination pour moi: si je n'ai pas assez de pognon pour me faire construire une maison, je me fabrique une maison péruvienne. Ca coute moins cher qu'une yourte, budget 0 francs pour les murs. Le plus long, c'est de faire sécher pendant 3-4 jours les briques faites avec de la terre mouillée. Après, ça ressemble à un jeu de légos.
Sur ce, je vous donne rendez-vous au lac Titicaca. La Bolivie, c'est pour très bientôt!
Un col après Abancay, je prends une piste en cul de sac, direction Cachora. La, les mules remplacent les bagnoles. C'est un site "touristique", deux ou trois occidentaux perdus dans le village, car il permet d'aller sur le site inca de Choquiquerao. Ce site ressemble un peu au Machu Picchu en cela qu'il est perché sur une montagne bien abrupte. 3 jours aller retour parait·il, donc je me dis que pour moi ca fait 2 jours! Premier obstacle: trouver un sac à dos. J'avais lu qu'il était facile d'en louer dans le village: tu parles! on me renvoie de porte à porte, j'ai dû rentrer dans toutes les maisons du village, avec ce maigre bilan, il y a bien un sac à dos, mais il a déjà été loué. Bon. Ca commence bien. Un gosse de douze ans qui a repéré mes allées venues vient vers moi et me dit timidement: "moi, j'ai un sac à dos..." Bon allez, fait voir la bête. Evidemment c'est un truc tout pouilleux, 2 fois trop petit, les coutures au bord de l'explosion, mais c'est vrai il a raison, c'est un sac à dos. Bon. J'ai pas le choix, je prends. Je réfléchis, combien peut·on filer à un gosse de douze ans pour un sac à dos pourri en respectant la réalité locale des prix pour aue ca ne devienne pas un de ces endroits pourris par le tourisme occidental? Je lui propose 8 soles (2 euros), l'equivalent de 2 repas ou de 2 cocas. Il fait les yeux ronds, trop content d'accepter. Ok, ca y est j'ai subrepticement introduit le méchant esprit du capitalisme dans la ^tête du gosse, probablement louera·T·il des sacs a dos 20 soles la journée dans 10 ans.
Deuxieme probleme, comment faire rentrer deux jours de survie dans un si petit sac? Priorité, le réchaud, la bouffe. Pour le reste, tant pis. Pas d'affaires de rechange, rien pour se laver, pas de tapis de sol. La tente et le duvet fixés au sac avec des tendeurs, le manteau par dessus, mon sac ressemble à un porte·manteau. Et c'est parti pour le trek le plus pouilleux de ma vie!
Evidemment, le Choquiquerao est bien plus loin que ce que je croyais, les altitudes ne correspondent pas à ce que j'avais releve sur internet. Parti à 5h30 du matin, j'arrive à 15h30, 10 h en m'arrêtant très peu souvent. Bien sûr je n'avais pas pris assez de bouffe, heureusement deux maisons au milieu de nulle part font office de conmmerce et me premettent de faire le plein de nouilles et de coca. De 3 000 m., il faut redescendre à 1500 mètres sur le Rio Apurimac, au fond du Canyon, puis remonter de l'autre côté à 3200 mètres, sous le regard du Salcantay (6 200 mètres d'altitude). Chaleur, mouches piquantes, pied defoncés par mes chaussures de non·randonnée, et divers objets qui me rentrent dans le dos, sans compter le tendeur. Une laniere qui pète, je dois faire un noeud, raccourcissant ainsi les bretelles de mon sac à dos. Désormais celles·ci me broient les épaules, je ne sais plus comment me mettre pour ne pas souffrir. Bref, une formation express d'ascète parti pour une expérience du désert. Le Choquiquerao: des vieilles pierres sur une crète, le plaisir d'être là, à pic au dessus du Rio Apurimac, et une interrogation qui me tient jusqu'a la nuit: pourquoi des gens sont venus habiter là? Impossible de rien cultiver, de rien élever, de rien construire: il n'y a de place pour rien. A part pour y planter trois tentes sous les ruines, sur un terrain un peu en pente, sur le site autorisé à cet effet. Le lendemain, même démarche en sens inverse, le long du Rio Apurimac il y a une maison avec une petite vieille à moitié aveugle, triste de se dire qu'elle ne bougera sans doute plus jusque la fin de sa vie: comment remonter la vallée à cet âge? Le retour à Cachora est un calvaire, je me bagarre juste pour arriver avant la tombée de la nuit, le ventre vide et le dos en compote. Les gens que j'ai croisés mettent confortablement 4 jours à faire l'aller retour. Et voilà comment transformer un gentil trek en expérience de survie: promis, mon prochain trek, je loue tout le matos qu'il faut ou je reste à la maison! Arrivé à Cachora je peux à peine marcher. Bilan: Au final, je ne suis pas un grand amateur de ruines et je me sens un peu décu. Le plaisir a plus résidé pour moi dans le moyen d'accéder aux ruines, cette obligation d'aller s'enfoncer dans les profondeurs de la montagne pour accéder avec quelques courageux au site. Je sens déjà que le Machu Picchu, avec cette facon touristique d'y accéder, en train et en troupeau, va être une déception. Qu'importe! on nous vend du produit touristique, on nous vend de l'image, et je me sens comme obligé d'y aller, de voir de mes propres yeux les images si souvent vues. Et je pourrai établir une comparaison avec le Choquiquerao. Dans deux jours je serai à Cusco, la ville vaut apparemment à elle seule le détour.
Quand nous repartons en vélo d'Andahuaylas, je ne me sens toujours pas mieux: je ne peux pas manger. Mais je dois absolument essayer de retirer de l'argent á Abancay, donc je repars avec Pius et Stephen en me disant que ca ira quand meme. Bon, en fait ce furent deux jours de bavante, á boire du coca et á essayer de manger de la soupe, avec Stephen et Pius qui jouent les nurses pour moi... Je suis un peu désolé pour eux, ils pensaient avoir rencontré un cycliste avec qui tailer un bout de route, et en fait ils trainenet un boulet. En tous cas je ne laisserai plus jamias personne critiquer le coca: le coca, c'est la santé! vive les boissons sucrées! 2 jours plus loin, le soulagement, on arrive á Abancay: c'est la fin des pistes pourries, la fin de la partie la plus physique de mon voyage. Mais par contre je me sens vraiment HS. Nouvelle journée de repos pour moi, les Suisses continuent, de toutes facons on a dans l'immédiat des projets assez différents, nous nous retrouverons dans une semaine á Cuzco. Pius me fait découvrir une facon assez pratique de laver son vélo: il suffit de se doucher avec...
La nuit passée à vomir, mal partout, fiévreux, impossible de dormir, et au petit matin, la bonne question: maintenant je fais quoi? Bon, je vais pas rester là au milieu de nulle part à attendre que ca se passe, alors je pars pendant que Pius et Stephen se font la cuisine, direction Andahuaylas, il reste 17 km de montée pisteuse et après c'est quasiment que de la descente. Tout est un calvaire: ranger la tente, mettre les sacoches... Au bout de 500 mètres je n'en peux déjà plus, et j'en ai pour 3 h de grimpette à ce rythme. A 6 à l'heure, complètement affaibli, avec comme seule consigne: "t'arrête pas". J'ai envie de vomir, mes yeux se ferment, les oreilles bourdonnent, et je me dis, heureusement que les deux Suisses sont derrière pour éventuellement ramasser les morceaux. A 40 km, il y a un bled où je pourrai m'acheter du coca, je m'accroche beaucoup à se réconfort. Bien content d'arriver au col, à 4200 mètres, j'ai l'impression d'avoir dépassé une limite, là, bien soulagé et me demandant comment j'ai réussi. Et c'est parti pour une folle descente à 15 à l'heure dans les cailloux, jusqu'au village tant attendu: Nouvelle Espérance, avec un nom comme ca, les choses vont forcément s'arranger, je bois mon litre de coca, et j'arrive enfin à Andahuaylas en piteux état, je me trouve un hôtel avec douche chaude et au lit! Les Suisses me rejoignent à l'hôtel le soir, le lendemain ils se font une journée de repos, ca tombe bien parce que moi je suis HS.
40 km de descente jusqu'au Rio Apurimac à 1900 mètres d'altitude, quelques montagnes russes le long de la rivière, puis il faut remonter à 4200 mètres d'altitude: que l'on se rassure, je ne compte pas faire tout aujourd'hui. A l'heure d'aller à l'école, des centaines d'enfants à pied sur la piste, mais d'où sortent-ils tous? En tous cas, plusieurs km de marche au programme pour la plupart d'entre eux. Un groupe veut absolument que je m'arrête pour me filer des oranges, des gamins me suivent et je ralentis un peu pour discuter avec eux pendant qu'ils marchent à mes côtés. Quand l'un d'eux, 8 ans à peu près, arrivé devant sa demeure, prend congé de moi en me disant " bon voyage et prends garde à toi", je me dis que je suis décidément dans une région extrêmement accueillante, rien à voir avec ce que j'avais imaginé de cette région. Cette région est celle de la rébellion du Sentier Lumineux, et elle est jugée dangereuse par le site officiel du ministère des affaires étrangères, d'après des infos qui remontent sans doute aux années 70.
Dans l'après-midi, je rejoins enfin les deux Suisses sur la trace desquels j'étais depuis Trujillo: tout le monde m'en parlait, car ils font sensation avec leur vélo couché (bent). Pius et Stephen, donc, super-sympas, partis d'Alaska, ils m'invitent à les suivre pour qu'on campe ensemble. Ca fait du bien de fréquenter des gens qui vous ressemblent, et puis le soir je découvre les mille et une astuces qu'ils déploient contre tous les petits trucs qui vous pourrissent la vie: y'a pas à dire, ces types sont vraiment au point niveau organisation. Sinon, côtoyer des vélos couchés donnent vraiment envie de laisser tomber son véloe t de se dépêcher d'en commander un par internet. Ils sont sur un fauteuil suspendu et ne ressentent pas les chaots de la piste, ils ne dérapent pas, bref ca a l'air super-confortable. Et surtout depuis que je suis avec eux ils me volent la vedette: les locaux n'ont même pas un regard pour moi, ils n'en ont que pour les deux vélos d'extra-terrestre! Camping à 3800 mètres d'altitude, au bord de la route, même pas caché des riverains, eux ont une confiance absolue envers les gens du cru.
Je me lève de nuit et je pars au lever du jour à 6h du mat, car la journée promet d'être particulierement longue pour rallier le prochain hébergement, sachant que je n'ai pas trop envie de camper suite aux nombreux avertissements des autochtones comme quoi j'allais me faire égorger. Enfin bon, il semble que tout Péruvien considère son pays comme extrêmement dangereux sorti d'un périmètre de 10 km autour de sa maison, alors il est difficile de savoir si c'est à prendre au sérieux!
La piste fait des montagnes russes au milieu d'une couche de poussière vraiment hallucinante, j'en suis rapidement recouvert. C'est vraiment invivable pour les gens qui habitent au bord de la piste. Généralement, les gens qui habitent au bord d'une piste passent leur journée à balancer des seaux d'eau sur la piste devanr chez eux, au début j'avais mis du temps à comprendre que c'est pour éviter que la poussière ne vienne s'envoler en permanence dans leur maison. Ici, c'est carrément un camion qui fait la navette entre les différents villages pour asperger la piste d'eau à longeur de journée. J'y gagne en confort respiratoire, par contre la boue s'accumule contre mes garde-boue et bloque mes roues, et je dois régulièrement m'arrêter pour récurer tout ca. Passés les derniers villages, la piste devient vraiment infernale, de grosses pierres instables recouvertes de 3 cm de poussière, je glisse en permanence, mon vélo se ballade de gauche à droite sans que je puisse le contrôler. Je roule au milieu des "dusts" colonnes de poussière qui s'élèvent dans le ciel comme une petite tornade.
Je suis à 3 km du dernier col à 4000 mètres d'altitude, enfin assuré d'arriver à Ocros avant la nuit, lorsqu'une vis de mon porte-bagage pète. Ca n'a l'air de rien comme ca, mais je ne peux plus rouler, à moins d'enlever mes sacoches. Une partie de la vis est coincée dans le pas de vis, je ne peux donc pas la changer. Je suis coincé au ñilieu de nulle part, avec plus beaucoup d'argent plus beaucoup d'eau et beaucuop de fatiue. Dans ces cas-là on referme la boîte à émotions et on évite de ressentir quoi que ce soit, sinon il n'y a plus qu'à s'allonger dans la poussière les bras en croix. Heureusement, comme dans les Contes des Mille et Une nuits, il y a toujours un évènement providentiel. Je suis en train de bricoler un strap avec du gros scotch, le truc qui n'a aucune chance de fonctionner pour les 20 bornes de descente sur ce genre de pistes, lorsque le seul minibus qui passe s'arrête à ma hauteur. Ici on est habitué à voir des gens en panne. Allez, monte! Ce sont 5 agents gouvernementaux qui vont justement à Ocros faire des prélèvements de je ne sais quoi. Le vélo sur le toit, et c'est parti pour la descente. A chaque chaot de la route, je me transforme en nuage de poussière, ca les fait bien marrer.Arrivés à Ocros, ils essaient de m'aider dans mes réparations, et on ne trouve rien de mieux que de bidouiller un truc avec un fil de fer: aucune chance que ca tienne. Je prends congés d'eux, qu'est-ce que je leur dois? Rien, bonne chance. Je me mets en quête d'un garage où on pourrait me retirer le bout de vis. Les types veulent le faire sortir à coup de marteau mais on va bousiller le pas de vis, alors ils se mettent en quête du seul type qui ait un chalumeau dans le village. Je lui explique mon problème, il a la solution mais je ne comprends pas très bien laquelle. Alors je le laisse attaquer mon vélo au chalumeau sans pouvoir voir ce qu'il fait, un peu inquiet. Quand c'est fini, le porte bagage est un peu noirci je me dis "argh, qu'est-ce qu'il a fait?" En fait, il a fait fondre le bout de vis pour y insérer une tige métallique, avec laquelle il parvient à dévisser le bout qui était resté coincé, à la suite de quoi il me remet une autre vis. Merci Valerio! Qu'est-ce que je lui dois pour cet énorme service? Rien, bonne chance et bon voyage, il a surtout envie de discuter, car Valerio, emn plus d'être un génie du fer à souder, est vraiment trop sympa! Bref, ce soir je suis vraiment ému par la gentillesse et la générosité des gens, je sais que c'est culcul de dire ca, mais je ne m'atendais vraiment pas à ca!
Abra Apacheta, nouveau col à 4700 mètres, des couleurs ahurissantes, et après une bonne journée de vélo il ne me reste plus que 45 km (mais un bon gros col...) pour Ayacucho. J'yu arrive à 10 h du mat, ce qui me laisse la journée pour visiter cette ville aux 35 églises... C'est vrai qu'il y a beaucoup de beaux bâtiment. J'assiste quelques instants à une messe un peu décu, j'espérais un truc un peu plus baroque, et finalement c'est comme chez nous...
Parti dans la grisaille et la froidure, je consulte l'autochtone qui me dit qu'il peut neiger et que je devrais m'acheter un poncho (vachement pratique pour pédaler). Heureusement l'autochtone peut se tromper, le ciel se dégage et les rochers se colorent de multiples couleurs que malheureusement mon appareil photo ne parvient pas á rendre. Et puis j'arrive sur un haut-plateau avec des centaines de lamas! (message perso pour Romuald: j'ai réussi à les approcher sans qu'ils me crachent dessus, à mon avis le capitaine Haddock ne savait pas y faire. Par contre toujours pas trace de Zorrito: à mon avis il est parti vivre aux Seychelles après avoir fait le guide pour occidentaux à prix d'or au Maccu Picchu).
Au fond du plateau, un village-fantôme, sur toutes les portes comme dans tous les villages il y a marqué "restaurant", ce qui ne signifie pas nécessairement qu'on vous servira à manger (de même qu'en général il y a u panneau avec 10 menus différents, mais en fait il n'y a qu'une chose: riz-poulet). Miracle, il y a quelqu'un qui peut me faire à manger: du lama! du mouton, quoi, en moins filandreux, peut-être un peu plus fin. Dans la maison, tout le monde est bourré, surtout le Papi, alors lui il peut à peine marcher, mais il se rouvre quand même une autre bouteille de 75 cl de bière. En même temps, quel ennui de vivre ici... Une des filles fait des allées venues depuis l'arrière court un coutequ à la main, et ramène des morceaux de barbaque sanguinolente sous le bras, bien collés contre son pull, je crois qu'elle est en train de démembrer un lama mais j'ai pas réussi à voir!
La piste est plutôt praticable, j'en bave désormais beaucoup moins à ces hauteurs, et il n'y a pas ce vent violent d'altitude qui décourage tout cycliste de bonne volonté, donc j'arrive de bonne heure en haut à 4850 m. Allez, il y a une piste qui monte à 5060 mètres d'altitude, c'est parti je fais l'aller retour! Yes, mon premier 5000 à vélo! Puis je repère une autre piste, limite pratiquable, qui semble monter encore plus haut. Elle arrive à un col pour redescendre un peu et remonter encore plus haut... Bon allez j'arrête les p'tites folies. Par contre je croise la route de vigognes, alors eux, beaucoup plus sauvages et difficiles à approcher.
A la descente je m'arrête tous les 2 km, plein de petits lacs, vache que c'est beau! A un moment, 2 pistes, je prends celle de droite, et au bout de 7.5 km de descente je tombe enfin sur l'autochtone qui me confirme que je me suis planté de piste. D'où je viens? De France! Le village du petit vieux s'illumine: "mais alors nous sommes frères! tous les chrétiens sont fils de Dieu!" Il me serre la main, "Don Florencio, Caballero, il faut demander l'aide de Dieu pour ton voyage." Il ôte son chapeau, ferme les yeux, et le voilà parti à mes côtés dans une prière improvisée. En résumé: "Papa Dios, les Francais sont aussi tes enfants, il faut aussi faire attention à eux, comme aux Péruviens, guide Don Florencio dans son voyage, aide-le à trouver la bonne route". Et là, les nuages se levèrent, le soleil illumina le chemin. Euh, non, là j'invente. En tous cas, reproche affectueux adressé à Dieu, il aurait pu s'occuper de moi, quoi. J'ai l'impression qu'au Pérou, Dieu n'est pas une force transcendante mais plutôt le brave type à qui on demande des coups de main pour la vie quotidienne. On me dit régulièrment: Demande à Dieu qu'il t'aide dans ton voyage".
Bon, maintenant il faut remonter, une heure et demie de perdue, mais dans ce paysage avec cette rencontre, je veux bien. J'arrive à Santa Ines sur les rotules, je dîne à 5h, puis à 7h, puis à 8h. Santa Ines, 4 600 mètres d'altitudes, en bout de plateau balayé par le vent, il y fait bien froid, et je ne suis pas sûr qu'il y ait d'autre villages plus hauts que celui-ci en Amérique du Sud. Tous les habitants, grands et petits, sont défigurés par une vilaine couperose due au froid et à l'altitude...
départ de Huancayo bien fatigué. Michel m'a montré beaucoup de photos de lui en vélo la veille! De belles compets de vélo au Pérou, notamment le Tour du Pérou sur 10 jours en Octobre (Florian, Willy, avis aux amateurs!)
Le business de Michel (salle de fitness) marche du tonnerre. Utilisation des appareils à 4 soles de l'heure (un euro), c'est beaucoup pour le niveau de vie là-bas. Mais c'est hallucinant comme les citadins péruviens prennent soin de leur apparence. En ville, les deux commerces qu'on voit le plus, c'est orthodontiste et salle de fitness. Beaucoup de bourgeoises de 40 ans se paient l'appareil dentaire que les ados francais ont: ben oui, il ya 20 ans quand elles étaient jeunes ca devait pas exister. Quand aux salles de fitness, la préoccupation du Péruvien, c'est essentiellement de perdre du poids. Il y a une balance, il se pèse avant la séance puis après, et repart content s'il a perdu un litre de sueur qu'il reprendra 2h plus tard en se réhydratant.
La mère de Michel fait de l'agriculture biologique, ce qui lui vaut une petite réputation locale. En tous ca il est bon de savoir que ce genre de préoccupations existent aussi au Pérou! En tous cas, accueil génial de Michel, il me file des piles pour mon appareil photo et me fait découvrir le petit dej' traditionnel, c'est tout juste s'il ne va pas me filer du fric! Alors le petit dèj traditionnel version Michel, c'est du jus de Maca (?), une sorte de semoule, couleur verte, bu chaud et en grande quantité accompagné de pain et de fromage de brebis. Avec ca, on vous sert un brevage vraiment étrange qui est le mélange de liquides aux couleurs variées venant de huit bouteilles différentes!
Bon, journée de vélo sous le soleil, mal au crâne, au cours de la journée de nouveau d'énormes cumulo-nimbus se développent, j'ai l'impression que tous les jours je vais jouer à cache-cache avec l'orage, mais le jour où je vais m'en prendre un ce sera dur à avaler! Premier col, premiere descente, je retrouve mon Rio Mantaro mais pour aussitôt le quitter. Decision difficile: Tout droit, Ayacucho à 200 km, c'est relativement plat puisque la route longe le rio. A droite, MA route, celle reprise sur mes topots allemands: 350 km pour Ayacucho et des cols de barbares (jusqu'a 4800 voir 5000m.) Dur de prendre à droite la route qui monte quand un beau panneau Ayacucho vous fait de l'oeil sur une route plate. C'est fou comme un cyclotouriste peut vouloir se faire mal, mais bon: je pourrais aussi prendre la panaméricaine qui longe le Pacifique et dans moins de 2 mois je suis au sud de l'Argentine! Allez je prends à droite
Petit pincement au coeur quand même... Surtout que quand les gens me demandent où jre vais et que je réponds Ayacucho, ils me signifient que je me suis trompé: oui, je sais, je ne suis pas logique!
J'arrive pas trop tard à Huando, ce que je croyais être une pìste est en fait une route toute neuve construite il y a un an. L'Etat a l'air de faire quelques efforts pour désenclaver cette région pauvre du Pérou: on construit des écoles, des maisons sociales, des routes...
Quand j'arrive, une procession est en train de se mettre en branle pour s'arrêter devant un tas de pierres: une maison va se construire et c'est l'occasion d'une fête traditionnelle. Les hommes sont partis chercher des pierres, les femmes du village s'assoient en rond pendant qu'on leur sert à volonté de la chicha. Et d'ailleurs on m'en offre un verre! Deux hommes se relaient pour jouer de la musique: l'instrument permet de jouer de la flûte et du tambour en même temps. De 2 h de l'après midi jusqu'a 2 h du matin, la même ritournelle à 5 notes et le même battement de tambour: de quoi rendre fou n'importe quel occidental qui cherche le sommeil! Et pendant tout ce temps, les femmes restent là sagement sans bouger, une fête que je qualifierais d'extrêmement sobre, j'espère qu'il y aura plus d'ambiance à mon mariage! Une fois de plus je n'ose pas les photographier, c'est un geste qui me gêne mais du coup je vais revenir avec juste des photos de paysages!
Le soir, au lieu de la soupe, on me sert en entrée une sorte de gelée de fraise chaude servie dans un grand bol. Original...
Le 21/08/08: jusqu'à Huancavelica, 60 km. J'arrive à Huancavelica à 11h du mat et j'ai presque envie de continuer, mais après ca monte pendant 60 km jusque très haut avec obligation de camper dans le froid, et je préfère me reposer une demi-journée. En plus la ville est vraiment superbe, encastré dans la montagne, ca donne l'impression d'arriver dans un cul de sac. Les gens sont extrêmement sympas depuis 2 jours, tous me souhaitent bon séjour au Pérou, rien à voir avec la socialisation extrêmement limitée que j'avais pu recevoir avant Huanuco dans la région de La Union, à base de hurlements "gringo" en me montrant du doigt. Ca fait toujours du bien de recevoir des sourires et d'avoir quelques échanges formels! C'est fou comme l'attitude des gens varie d'une région à l'autre.
A l'hotel, ma première douche chaude depuis que je suis au Pérou! Et ca, c'est que du bonheur, parce que l'eau froide est vraiment très très froide!
La route de Huanuco à Huancayo, c'est 400 km de beau bitume facile, un long faux plat montant jusque 4200 m. d'altitude, un plateau tout plat de 100 km, et enfin on redescend dans l'autre sens. Bref, le vélo version piste verte!
La soirée chez Domingo était sympa grâce aux gosses, merci la marmaille! Les petits super-affectifs, les grands qui m'invitent à jouer au foot, puis au volley, puis à la console, et enfin on doit se raconter des histoires, ca commence avec le petit chaperon rouge et ca se termine avec la nuit des morts-vivants... Mais ils vont au lit à quelle heure, ces mômes? J'en ai un de 5 ans qui s'endort dans mes bras, une de 7 sur mon épaule et il est 2 h du mat quand on va au lit ( normalement à 21h je dors). Nuit blanche, la faute à un conflit territorial entre les trois bouledogues de Domingo et moi. Je me suis barriquadé dans son atelier mais dès que je bouge un bras, les chiens se mettent à hurler à mort et à essayer de défoncer la porte qui n'a pas de battant. Je ne le redirai jamais assez souvent, mais je trouve qu'un chien c'est vraiment débile. D'ailleurs mes sacoches seront foutues avant la fin du trip avec tous les coups de dents qu'elles se prennent.
Bref, le lendemain, finalement, je prends l'option de partir, je ne me vois pas repasser la même nuit. En plus, avec Domingo et toute la confrérie de ses frères et soeurs, on a un peu fait le tour de la question: j'ai l'impression qu'une fois qu'ils ont examiné mon matos (notamment mon réchaud à essence qui les a épatés), ls se désintéressent de moi. Je reste le gringo. Avec les plus jeunes, le contact est décidément plus facile, plus ludique.
Enfin, ce que je retiens de ce petit séjour chez Domingo, c'est la crasse. Les chiottes n'ont pas d'eau, et personne ne s'occupe de leur destin. On jette le PQ usagé par terre, il n'y a même pas de poubelle, et il doit y avoir du papier vieux de plusieurs mois. Bref, miam. Pour autant, Domingo a relativement les moyens, puisqu'il a une voiture, tout le monde a un portable, les gosses ont une super-nintendo, et Domingo a même 2 maisons, du fait que d'après ce que j'ai compris il a 2 femmes! Bref, y'a un truc qui ne passe pas entre les Péruviens et la propreté, et je crois pas que ce soit une question de misère.
Bref, je pars bien tard dans la matinée, bien fatigué, arrêt obligé au bout de 68 km, c'est le seul hôtel de la vallée. Au passage, petit moment folklorique, le lancer de pétards haut dans le ciel à la sortie de la messe, une facon comme une autre de célébrer Dieu!
Le lendemain, je monte à 4200m. d'altitude, puis, passé le col, c'est tout plat! Je me trouve sur un plateau andin bien frisquet, je slalome entre les cumulo-nimbus et je me prends un peu de grêle. Je cherche un resto dans une cité minière, je me retrouve à la cantoche des mineurs. Et la, surprise. Je m'attendais à une ambiance lugubre, des trognes fatiguées, Germinal, quoi. En fait non, tout ce petit monde se marrait bien, la tronche pleine de suie et le casque vissé sur la tête, la meilleure ambiance que j'aie ressentie depuis que je suis tout là-bas, tous ensemble, avec le jus de maïs chaud à volonté pour se réchauffer les tripes. Ils avaient vraiment pas l'air malheureux, Bon, le boulot doit être dur et ils se font sans doute exploiter par une obscure multinationale enregistrée aux Bahamas, mais pour le reste, à choisir, si je devais être Péruvien, je préférerais être mineur que paysan!
Après 111 km, je me pose à Junin, qui se trouve près d'un lac (un marais?) où il y a des oiseaux qui ressemblent à des mouettes.
Le lendemain matin, il gèle, décidément il fait froid par là, c'est vrai que malgré tout c'est l'hiver et qu'on est haut. Faux plat descendant, et au fur et à mesure on enlève le manteau, le srpantalon, les gants... Pas trouvé le moyen d'avoir chaud aux pieds, par contre, Les chaussures de VTT, c'est un peu light, même avec 2 paires de chaussette. Je descends le long de gorges plutôt pas mal et bien sauvage, mais au beau milieu, sur 2-3 km, de grosses usines, une grosse cheminée avec son nuage de pollution. Ca fait bizarre, un peu comme s'il y avait une usine pétrochimique au milieu des gorges de l'ardèche.
Pour aller à Huancayo, c'est facile, il n'y a pas trop de vent de vallée et 40 km de moins que ce qui est marqué sur mon topo: du coup, j'y arrive en 3 jours au lieu de 4. 180 km aujourd'hui, à mon avis ce sera le record à battre pour mes vacances. En tous cas, aujourd'hui j'ai redécouvert une fonctionnalité de mon vèlo que j'avais oubliée depuis mon arrivée au Pérou: le grand plateau! Ce machin super agráble qui permet de rouler à plus de 20 km/h!
Le bon plan c'est que j'arrive à Huancayo en même temps que Michel sur son VTT, prof de sport, triathlète et cycliste. Je tends la bonne perche ("tu sais où je peux trouver un hôtel?") et me voici invité à dormir dans son gymnase. Dommage, il n'a pas trop de temps à me consacrer car il doit donner des séances de fitness, mais la soirée devrait être bien sympa quand même!
Sinon, j'ai enfin trouvé LE plat qu'il est bon, ca s'appelle Pachamanca, c'est la spécialité de Huancayo, il y a une côte de boeuf qui pour une fois se laisse manger, avec un truc cuisiné dans une feuille de maïs, pommes de terre, gros haricots bizarres, et sauce à base de fromage et de piment. Ca change du riz-poulet, même si c'est 2 ou 3 fois plus cher.
Bon, après une mauvaise nuit à 4700m. d'altitude, c'est pas une partie de plaisir de se lever le matin et de plier la tente quand il fait -5. Allez on se dépêche! Après ca, 40 km de descente dans le froid, on éteint son cerveau et on attend que ca se passe.
Ensuite, changement complet de décor: la route devient une piste bien mauvaise, le genre de truc qui se descend à la même vitesse qu'à la montée. Les gens ont changé aussi, certains me réclament du pognon sans aucune autre forme de politesse, ou hurlent "gringo plata!" Bref, je commence à être dans le Pérou profond. Le soir, je retrouve à l'Hôtel un des cyclistes sur la trace desquels j'étais depuis quelques jours, un Hollandais. On mange ensemble et on se propose de faire la route ensemble le lendemain.
Fin des comparaisons avec l'Equateur: ici, à la différence de l'Equateur, la police est omniprésente. Notamment pour contrôler les voitures sur des pistes où il passe à peu près une voiture par heure. C'est dire si les types s'ennuient. En tous cas c'est bien pratique car ils ont toujours envie de taper la causette, et ca permet de savoir combien de cyclistes sont passés par là le mois dernier.
Autre différence flagrante avec l'Equateur, les maisons: ici, les maisons ne ressemblent à rien. Souvent construites avec des briques de boue et de paille, elles ont surtout le bizarre inconvénient de n'avoir qu'une ou aucune fenêtre. Une chambre d'hôtel, c'est une chambre sans fenêtre et donc sans aération. Une maison est un alignement de pièces à peu près invivables et entre lesquelles il est difficile de circuler. Je ne suis pas sûr que ce soit juste pour raisons économiques, c'est juste que les maisons c'est pas le truc des Péruviens!
Le lendemain: 75 km jusqu'à Huanuco
après 15 km de montée, c'est parti pour 60 km de descente, pour arriver 2000m plus bas. Je me dis, miam, c'est plaisir! Tu parles... plus de 4h pour faire les 60 bornes, une piste inommable, je préfère monter que descendre! Dans 10 jours, j'aurai 500 km de piste qui m'attendent, je sens que ca va être un grand moment de sport. Pour l'heure, sans le vouloir j'ai semé Rafaël le Holladais, je l'attends un peu mais il ne reparaît pas, tant pis, je ne comptais pas vraiment passer mes prochains jours avec lui. A Huanuco, j'avais une vague adresse de quelqu'un rencontré il y a 10 jours, je trouve du premier coup et me voilà en famille chez Domingo! Bon, évidemment il me fait le coup bien lourdement de me présenter à la fille pour que je me marie avec et qu'ils puissent tous immigrer en Europe, mais sinon les gosses sont sympas et ca sent la journée de repos pour demain! Au programme, aller au parc naturel de Tingo Maria mais ca fait un peu loin, ou aller visiter d'énièmes ruines incas...
Départ de Huaraz à 3000m. d'altitude, et je vais monter toute la journée. Je quitte la troute pour prendre une piste qui s'enfonce dans le parc du Huascaran: le souffle devient court et la piste est tellement mauvaise que je pose parfois pied à terre. Bref, je me retrouve à 4800m. d'altitude, au pied des glaciers, et le spectacle est grandiose. J'ai vraiment l'impression de faire de la haute-montagne à vélo! Ensuite, la route serpente au milieu des glaciers et passe même sous des séracs. Pendant 20 km, la piste fait le yoyo entre 4800 et 4600 m. d'altitude, et je pose la tente là, pour profiter du spectacle... Unspectacle qui se paye cher niveau température, il fera un gel de fou pendant la nuit. Tout a gelé dans la tente, mes lentilles, l'eau, mon haleine sur le tapis de sol... Bref, une nuit sans vraiment dormir, mais le plaisir de dormir aussi haut!
encore 15 km de piste caillouteuse et sableuse, ca monte raide et les tunnels sont nombreux et bien obscurs. Et soudain, l'horizon s'ouvre, je sors enfin du cañon, il y a des champs, des pyramides toutes blanches se dessinent au-dessus: ca y est je suis dans la cordilliére blanche. Toute la journée je monterai jusqu'a Huaraz en pente douce, bien aidé par un petit vent de vallée dans le dos. Apres la piste, n'importe quelle cote a l'air facile. Tant qu'il y a du goudron... J'aurais voulu m'arrêter avant Huaraz car je suis toujours fiévreux. Probleme, les banques de Caraz n'acceptent que les Visa... Mastercard, seulement a Huaraz! Et c'est reparti pour 70 bornes! Finalement, j'arrive a Huaraz avec 2 soles en poche (moins d'un dollar), et plus rien a manger, il était temps d'arriver. En tous cas je vais arrêter ma logique de retirer peu d'argent a la fois pour en cas de perte ou de fauche, car je vais me retrouver dans la misere.
Huaraz, c'est un peu la Chamonix du Pérou, les agences de treks et les alpinistes occidentaux sont nombreux.
La cordilliere blanche est vraiment superbe avec ses pointes acérées, peut-etre une des plus belles chaines de montagne du monde avec sa voisine plus sauvage, la cordiller de huayhuash. J'y passerais bien une semaine a faire du trekking, mais on ne peut pas tout faire... Juste, le lendemain, pendant ma journée de repos, une montée au lac Churup (4500m), beau petit lac que je n'aurai pas le plaisir de photographier faute de piles.
La nourriture: Des patisseries qui tiennent la route, la possibilité de manger pour un euro à un euro et demie (3 à 5 soles). Ici chaque plat est précédé d'une soupe dans laquelle on peut retrouver, au gré de l'humeur du cuisinier, un morceau de viande, des nouilles, du riz, des os sans viande, de la salade... Bref, c'est la soupe-surprise. Pour le reste le repas reste essentiellement constitué de riz (souvent convenablement cuisiné, avec bananes, poivrons etc...) et poulet. Le poulet a l'avantage de sembler a peu pres frais. D'ailleurs, le menu de demain caquette souvent sous la table pendant que vous manger celui du jour. Manger dans un resto semble moins cher que d'aller s'acheter a manger: par exemple un truc aussi basique que me faire des nouilles au thon me reviendraient a 3 soles. Bref, 3 fois par jour, je suis au resto, même si riz-poulet,à la ongue, c'est un peu épuisant.